Au large de Zadar, la mer Adriatique se fragmente en une constellation d’îles, d’îlots et de récifs baignés par une lumière presque irréelle. Depuis le continent, l’horizon paraît calme ; pourtant, chaque traversée révèle un nouveau visage de la Dalmatie : une crique blanche, un pin tordu par le vent, un village de pierre ou une plage déserte où l’on entend seulement le clapotis de l’eau.
Pour les amateurs de naturisme, l’archipel de Zadar offre un terrain d’exploration privilégié. Ici, il ne faut pas forcément chercher de grands centres naturistes aménagés comme sur certaines côtes européennes. Le plaisir réside plutôt dans la découverte de petites anses isolées, de rivages sauvages et d’îles où la nature garde encore une place immense. Mais cette liberté demande aussi du discernement : toutes les plages ne sont pas officiellement naturistes, et la discrétion reste la meilleure compagne du voyageur.
Pourquoi choisir l’archipel de Zadar pour un séjour naturiste ?
Zadar possède un avantage rare : la ville est à la fois facilement accessible et entourée d’une multitude d’îles. Depuis son port ou les embarcadères voisins, il est possible de rejoindre les îles d’Ugljan, de Pašman, de Dugi Otok, de Silba, d’Olib ou encore de Molat. Certaines sont habitées et desservies régulièrement par les ferries ; d’autres semblent n’être que des morceaux de nature posés sur la mer.
Le climat est particulièrement agréable entre mai et octobre. Les étés sont chauds et secs, tandis que la mer conserve une belle transparence. En dehors de juillet et août, les plages se vident progressivement et l’expérience devient plus intime. C’est à cette période que j’apprécie le plus les îles : les sentiers sont paisibles, les terrasses moins animées et les criques retrouvent leur silence.
Le naturisme croate s’inscrit souvent dans une relation simple avec la nature. On se déshabille pour nager, bronzer, marcher sur une plage tranquille ou simplement sentir le soleil et le vent sur la peau. Rien de théâtral, rien de forcé. La nudité est une manière d’habiter le paysage, avec respect pour soi-même, pour les autres et pour le lieu.
Avant de partir : ce qu’il faut savoir
En Croatie, le naturisme est bien implanté, mais la situation varie d’une plage à l’autre. Certaines zones sont clairement identifiées comme naturistes, tandis que d’autres sont seulement tolérées lorsque la fréquentation est faible. Sur une île isolée, il peut être courant de voir des personnes nues sur une portion de côte ; dans une crique proche d’un village, la prudence est davantage de mise.
Avant de vous installer, observez les lieux. Un panneau « FKK » indique généralement une zone naturiste reconnue. À défaut, vérifiez la présence d’autres baigneurs naturistes et évitez de vous déshabiller juste à côté d’une famille ou d’un groupe qui profite simplement de la plage en maillot. Un sourire, un salut et un peu de bon sens suffisent souvent à préserver l’harmonie.
- Prévoyez des chaussures aquatiques : les plages sont souvent composées de galets ou de rochers.
- Emportez suffisamment d’eau, surtout sur les îles peu équipées.
- Gardez un paréo ou un vêtement léger pour les traversées, les restaurants et les villages.
- Protégez-vous du soleil : chapeau, crème solaire et pauses à l’ombre sont indispensables.
- Ne laissez aucun déchet derrière vous, pas même un mégot ou un mouchoir.
- Respectez les propriétés privées et les zones protégées, même si une petite crique semble déserte.
La plupart des plages croates ne disposent pas de poubelles, de douches ou de sanitaires. Le confort se mérite parfois avec quelques minutes de marche et un sac bien préparé. Cette simplicité fait partie du charme, à condition de l’anticiper.
Ugljan et Pašman : les îles faciles d’accès
Ugljan est souvent la première île que l’on découvre depuis Zadar. La traversée en ferry vers Preko est courte, ce qui permet de partir pour la journée sans organiser une expédition. L’île possède des villages, des routes agréables et de nombreux accès à la mer. Les plages les plus fréquentées sont généralement textiles, mais il suffit parfois de s’éloigner des zones centrales pour trouver une petite portion de côte plus tranquille.
Autour de Preko, de Kali ou de Kukljica, les rivages alternent entre dalles rocheuses et petites plages de galets. Les pins offrent une ombre bienvenue, tandis que l’eau invite à de longues baignades. Pour une pause naturiste, recherchez plutôt les secteurs éloignés des plages familiales et des installations touristiques. Le matin, la lumière est douce et la mer souvent plus calme : c’est le moment idéal pour nager sans se presser.
Pašman, reliée à Ugljan par un pont, donne une impression plus sauvage. La côte occidentale, tournée vers les îlots du parc naturel de Telašćica et vers Dugi Otok, est particulièrement propice aux escapades tranquilles. Les chemins ne sont pas toujours balisés comme dans un grand parc aménagé ; il faut donc rester attentif, prendre de bonnes chaussures et éviter de s’aventurer seul dans un secteur inconnu en pleine chaleur.
J’aime ces deux îles pour leur équilibre. On peut y vivre une journée très simple : café dans un village, marche sous les oliviers, baignade nue dans une crique discrète, puis retour en ferry avec la peau encore salée. Pas besoin de programme compliqué lorsque la mer compose elle-même l’itinéraire.
Dugi Otok et la baie de Telašćica
Dugi Otok, la « longue île », mérite au moins deux ou trois jours. Elle s’étire sur près de cinquante kilomètres et offre une succession de paysages très différents : villages paisibles, falaises, pinèdes, plateaux rocailleux et anses protégées. La célèbre plage de Sakarun est l’une des plus connues de l’île. Son sable clair et ses eaux peu profondes attirent de nombreux visiteurs ; elle n’est donc pas le meilleur choix pour rechercher la solitude naturiste en haute saison.
En revanche, les secteurs plus éloignés et certaines portions rocheuses de la côte peuvent offrir davantage d’intimité. Il faut accepter de marcher, de suivre un sentier parfois caillouteux et de renoncer à l’idée d’une plage parfaitement aménagée. Le récompense est souvent au bout du chemin : une dalle chaude, une eau limpide et ce sentiment délicieux d’avoir trouvé son petit bout d’Adriatique.
Le parc naturel de Telašćica occupe le sud de Dugi Otok. Sa baie profonde, son lac salé Mir et ses falaises impressionnantes attirent les excursionnistes. La baignade naturiste ne doit pas se pratiquer n’importe où dans le parc : renseignez-vous à l’entrée, auprès des gardes ou des organisateurs de bateaux. Les espaces protégés obéissent à des règles précises, et la beauté d’un lieu ne dispense jamais de les respecter.
Une excursion en bateau permet aussi d’explorer les îlots voisins. Si vous louez une petite embarcation, vérifiez les conditions de navigation, les zones d’ancrage et la météo. Le vent peut se lever rapidement, notamment lorsque la bora souffle depuis le continent. La prudence rend les escapades beaucoup plus agréables — et évite de transformer une baignade idyllique en cours accéléré de navigation.
Les îles de Molat, Olib et Silba : le goût de la lenteur
Plus au nord, Molat, Olib et Silba séduisent les voyageurs qui aiment les îles sans voitures ou presque, les chemins bordés de murets et les villages où le temps semble prendre son café très lentement. Elles sont moins adaptées à une excursion improvisée, car les horaires de ferry doivent être étudiés avec soin. En revanche, elles offrent une atmosphère propice au repos et à la déconnexion.
Silba est connue pour son ambiance paisible et son absence de circulation automobile. Les plages proches du village peuvent être fréquentées, mais des promenades permettent de rejoindre des coins plus discrets. Olib, plus basse et très méditerranéenne, présente des rivages tranquilles et des eaux peu profondes. Molat, plus boisée, convient aux voyageurs qui aiment alterner baignades et randonnées.
Sur ces îles, la discrétion est essentielle. Les communautés locales sont parfois petites et les visiteurs se retrouvent rapidement identifiés. Le naturisme sera mieux accepté dans une crique éloignée que devant les maisons ou sur la plage principale du village. Respecter cette géographie sociale, c’est aussi respecter l’esprit du lieu.
Une journée naturiste réussie dans l’archipel
Je conseille de commencer tôt. Les premières heures offrent une lumière magnifique, une température agréable et une mer souvent peu agitée. Après un petit-déjeuner simple, préparez un sac léger : eau, fruits, serviette, crème solaire, masque de plongée, téléphone chargé et petit sac pour vos déchets.
Choisissez ensuite votre moyen de transport. Le ferry convient aux îles principales, tandis qu’une excursion organisée permet de découvrir plusieurs criques en une journée. Pour les plus autonomes, la location d’un bateau peut être séduisante, mais elle exige une bonne connaissance des règles locales. Dans tous les cas, vérifiez le retour : rater le dernier bateau sur une île n’a rien d’une aventure romantique lorsque l’on a oublié sa veste et que le vent se lève.
Une fois sur place, prenez le temps de marcher avant de vous installer. La première crique venue n’est pas toujours la plus agréable. Cherchez un endroit où vous ne gênez personne, éloigné des zones de mouillage et suffisamment sûr pour entrer dans l’eau. Les rochers croates peuvent être coupants, et les oursins apprécient particulièrement les eaux claires et peu profondes.
Après la baignade, séchez-vous à l’ombre et hydratez-vous. La réverbération sur la mer peut être trompeuse : on ne ressent pas toujours la force du soleil lorsque souffle une brise marine. En fin d’après-midi, retour au village pour déguster un poisson grillé, une salade de tomates mûries au soleil ou quelques figues fraîches. Le naturisme ne s’arrête pas au bord de l’eau : il se prolonge dans cette manière de savourer les choses sans précipitation.
Respecter la nature et l’esprit naturiste
L’archipel de Zadar est magnifique parce qu’il reste fragile. Les herbiers marins, les oiseaux, les lézards et les plantes méditerranéennes dépendent d’un équilibre délicat. Évitez de déplacer les pierres, de cueillir des plantes ou de jeter de la nourriture. Ne nourrissez pas les animaux et ne laissez pas de plastique sur les rivages.
La photographie mérite également une attention particulière. Dans une zone naturiste, on ne photographie jamais les autres sans leur accord, même si la personne apparaît seulement au second plan. Le téléphone peut rester dans le sac : une plage sauvage est l’un des rares endroits où l’on peut vraiment oublier les notifications.
Enfin, le naturisme repose sur une règle simple : la nudité n’est pas une invitation. Les regards insistants, les commentaires déplacés et les comportements intrusifs n’ont pas leur place ici. On vient pour respirer, nager, marcher et se sentir en accord avec le paysage. Cette liberté-là ne vaut que si elle est partagée avec délicatesse.
Quand partir et où séjourner ?
Juin et septembre sont particulièrement agréables pour découvrir l’archipel. Les températures restent douces, la mer est accueillante et la fréquentation diminue. Juillet et août garantissent une ambiance estivale plus animée, mais les ferries, les plages et les hébergements sont davantage sollicités. Réservez à l’avance si vous souhaitez dormir sur une île.
À Zadar, vous trouverez un choix important d’hôtels, d’appartements et de campings. Dormir sur le continent offre une grande souplesse pour rayonner, tandis qu’une nuit sur Ugljan, Pašman ou Dugi Otok permet de goûter pleinement au rythme insulaire. Les campings naturistes spécifiquement dédiés ne sont pas présents partout autour de Zadar : vérifiez précisément les équipements, les règles de nudité et la distance avec les plages avant de réserver.
Pour ma part, je préfère souvent alterner les deux expériences : quelques nuits à Zadar pour profiter de la vieille ville et de ses fameux couchers de soleil, puis plusieurs jours sur une île. Après l’agitation des ruelles, retrouver une crique silencieuse donne l’impression de changer de monde sans avoir parcouru des milliers de kilomètres.
L’archipel de Zadar ne promet pas toujours une plage naturiste parfaitement signalée, avec douche et transat au premier rang. Il offre mieux à qui sait regarder : des horizons ouverts, des îles préservées, une mer transparente et la possibilité de vivre la nudité avec simplicité. Ici, chaque baignade devient une parenthèse, chaque traversée une invitation au voyage, et chaque crique un rappel précieux : la liberté commence souvent par le respect d’un lieu et de ceux qui le partagent.

